Notre casier en Birmanie

Notre attente était énorme pour notre traversée de part en part du Myanmar, pays plein de légendes d’explorateurs, de Guy de Larigaudie au pont de la rivière Kwai. C’était aussi la route la plus nouvelle, à travers une dictature, où nous ne savions pas ce que le pouvoir allait penser de notre voyage nomade hors des circuits dans lesquels il cantonne les nouveaux visiteurs. Nous n’avons pas été déçus et voici un petit aperçu du dossier qui a probablement été constitué par les autorités suite à notre périple.

  1. Dormir chez les habitants
    S’il y a quelque chose de plaisant en Birmanie, c’est de pouvoir dormir chez les habitants qui sont probablement parmi les plus accueillants du monde, tout en simplicité. Lorsque les logements sont inexistants et les services de police absents, aucun problème. Mais lorsque nous arrivons dans la plaine centrale, nous comprenons vite que nous ne pourrons plus vadrouiller où bon nous semble comme en zone frontalière. Nous avons dormi une fois chez une famille qui nous a spontanément invités et ce fut l’occasion pour l’officier local de bien prendre nos références de passeports et de visas. Première référence au dossier de police Elise&Florian.
  2. Dormir dans n’importe quelle guesthouse
    Les circuits sont bien calibrés dans le pays et seuls quelques établissements ont une licence pour accueillir les étrangers. Dans une petite ville où la seule maison d’hôtes n’a pas de permis, il nous faut donc négocier avec la police locale pour obtenir une autorisation exceptionnelle de séjour dans l’établissement. Encore une fois, une telle autorisation nécessite de prendre forces photos de nos passeports et visas. Deuxième référence au dossier de police Elise&Florian.
  3. Ne pas payer tout de suite les tickets d’entrée exorbitants des sites touristiques
    Pour entrer sur les sites touristiques de Bagan ou du Lac Inle, les touristes doivent s’acquitter d’un ticket de 20 dollars US, en billets propres et repassés. Quand on sait le pouvoir d’achat d’une telle somme et l’insistance pour obtenir des dollars qui pourront partir sous tous les marchés financiers du monde, on se doute que l’argent va servir autant à financer le régime que la restauration des stupas de Bagan. En entrant dans la zone, nous refusons de payer une telle somme et partons dans les rues de la ville. Rattrapés par la police qui arrêtent nos vélos, nous devons nous acquitter de la somme. Troisième référence au dossier de police Elise&Florian.
  4. Vouloir traverser dans une zone interdite
    Secoué par des conflits avec ses minorités, le Myanmar interdit l’accès de certaines zones de son territoire aux étrangers. Mais les routes interdites ne sont pas toujours claires et les autorités laissent parfois la route libre jusqu’à ce qu’on se retrouve au coeur de la zone. C’est ce qui nous ai arrivé et ce qui était potentiellement le plus grave, puisque la prison est prévue pour ce genre de cas. Notre épopée en couple et en vélo nous a probablement valu la clémence des services de l’immigration qui nous ont néanmoins renvoyés illico presto au nord. Tout en dressant un procès-verbal de notre petite excursion. Quatrième référence au dossier de police Elise&Florian.

La Birmanie est ainsi, un pays qui s’ouvre au tourisme de masse mais où les voyageurs hors normes sont bien problématiques et très surveillés. Un pays également où, quoique l’on fasse, on alimente le régime en argent frais au travers des tarifs d’entrée dans les zones touristiques ou des taxes que l’État prélève sur le prix de chaque nuitée dans un hébergement autorisé.

Photo : un officier de l’immigration, attendant de nous expulser de la zone interdite.

3 Commentaires sur “Notre casier en Birmanie

  1. Franchement votre article est sympa et instructif et vraiment je vous envoie de la gratitude pour ça MAIS :

    « Essayer d’éviter les tickets d’entrée exorbitants des sites touristiques »

    Encore une fois le français radin est entré en jeu… dommage…

    Franchement, je suis en Tour du Monde comme vous, mais ce qui m’énerve, c’est vraiment ça ! quand je lis sur des blogs ce genre d’articles où c’est la course à celui qui va dépenser le moins…

    Les mecs font un tour du monde mais ils veulent dépenser 0,50 € / jour… Tu voyages, tu assumes !

    Ok, pour le coté « on rencontre des gens », « on dort chez l’habitant » (et encore j’espère que vous offrez des cadeaux au moins à vos hôtes ou que vous les rémunérez – même si ce n’est pas en cash…)

    Bref, encore une fois le français dans toute sa splendeur…

    PS : Oui je sais, moi je montre le coté râleur du Français 🙂 On ne se refait pas.

    Aller,

    Tchuss !

    • Une petite mise en contexte s’impose. Nous payons tous nos droits d’entrée, notre voyage est auto-financé, pas de sponsors, nous offrons des cadeaux à nos hôtes et nous ne imposons pas chez eux. Mais sur les sites de Birmanie, toutes les restaurations sont réalisées par des fondations internationales, l’argent en dollars bien repassés ne profite pas à la population. Et quand en descendant du bateau, de nombreux touristes esquivent en sautant vite dans un taxi (des français, des allemands, des russes). Oui on n’a pas envie de nourrir le régime et on se fait rattraper parce que le cycliste est le moins mobile. Sinon dans des tas de cas où le prix est différent pour les étrangers et les nationaux, on paye et … on se contente de râler.

      • Dommage mais les frais d’entrées sont payables en Kyats sans aucun problème 🙂

        Pour les frais d’entrée j’ai arrêté de me battre avec les gens depuis longtemps car c’est partout pareil (faut pas croire qu’à Angkor c’est 100% pour la population hein). Le mythe du régime partout est assez pathétique en Birmanie car c’est le cas pratiquement partout en Asie.

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