Jetlag

Jetlag

16 heures d’avion pour revenir. C’est long vous trouvez ? Quand on a mis un an pour faire l’aller, soit 11 000 km, c’est diablement court. C’est même violemment court. Tout ce que nous avons choisi dans la lenteur du parcours, voir les transitions, sentir les changements culturels, prendre le temps de parcourir les routes et vivre la vie quotidienne des locaux, tout s’effondre presque quand on se téléporte en quelques heures d’un point à un autre de la planète.

Voyager aussi loin dans un temps aussi court, c’est inhumain et forcément, la fatigue se ressent les premiers jours après le retour. C’est le Jetlag ou syndrome du décalage horaire, on dort mal et on se sent fatigué pendant quelques jours. Si ce n’était que ça. Vie nomade et vie sédentaire, abondance et frugalité, imprévu et planification, voici le plus grand décalage que l’on ressent au retour.

Après avoir porté les mêmes cinq tee-shirts à la suite tous les jours pendant un an, on ouvre son placard et on se demande combien de temps seront nécessaires pour porter toutes les fringues rangées là. Un mois, deux mois avant la prochaine lessive ? D’autant plus que même en étant à droite à gauche pour revoir toutes nos connaissances, on n’a même pas l’impression de salir ses vêtements, transportés d’une ambiance tropicale et à une ambiance tempérée.

Plus de logement à trouver pour le soir, plus d’inconnu fécond, plus de risque si ce n’est celui de s’endormir tranquillement. Grand décalage enfin avec ce que nous disent les sédentaires que nous retrouvons, qu’ils soient proches ou connaissances, quidams ou famille. « Pas trop dur de revenir à la réalité », nous dit-on. Est-ce la réalité que de retourner à la vie sédentaire, de chercher un appartement, un nouveau travail ? Est-ce la réalité de se nourrir des images factices, faciles des pays lointains que nous avons parcourus ? Si nous allumons la télévision, si nous ouvrons un journal « de référence » nous ne pouvons nous empêcher de nous sentir sous-informés. Est-ce la réalité de vivre derrière le paravent de la méconnaissance et des faits tronqués ?

On nous avait prévenu (« vous trouverez beaucoup de choses futiles en rentrant »). Devant la complexité du notre planète, est-ce seulement que nous serions d’un coup plus ouverts, plus intelligents, plus au courant, plus curieux des réalités de ce monde après notre voyage ? Serions-nous seuls à être sortis de la caverne de Platon ?

Ce serait trop facile.

Reste à témoigner, partager, le périple doit continuer après le retour, garder cet esprit d’à propos de curiosité, ne pas rester au-devant des apparences et des prêt-à-penser, des fausses-évidences et des vraies tromperies. Et si c’était ça, le voyage, rester l’esprit en alerte ?

Un commentaire sur “Jetlag

  1. bravo pour votre exploit. Nous vous avons suivi durant un an votre périple, merci de nous avoir permis de vivre avec vous par la pensée tous ces moments de joie, d’espoir et parfois de découragement à vos côtés. Encore un grand coup de chapeau et à bientôt le plaisir de vous revoir à St Jorioz pour nous raconter de vive voix toutes ces heures sur les routes du monde. Avec toutes nos amitiés JH&ML

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