La mauvaise place des Slaves du sud

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En parcourant les Balkans, nous traversons les frontières des États de l’ex-Yougoslavie. Dans ce patchwork de plus en plus émietté, nous progressons dans une seule langue : le croate, dit aussi bosnien, dit aussi serbe, dit aussi monténégrin. Si nous parlons une seule langue, ne traversons nous pas la terre d’un seul peuple ? C’est là tout le drame des slaves du sud (ou yougo-slaves) : ce peuple a eu le malheur de s’installer au mauvais endroit.

Il s’est installé dans un non-endroit, dans un entre deux qui le condamnait à être tiraillé de toutes parts. Nous qui parcourons ce pays à vélo, nous en mesurons toutes les montagnes et tous les cols. Le relief décide de la destinée des peuples et ces montagnes placées entre tant de lieux fertiles ont toujours été le meilleur cimetière des ambitions des empires en Europe. À l’origine s’étendaient à l’ouest le monde romain, à l’est le monde grec. Cette division à été sanctuarisée par l’empereur Dioclétien quand il a scindé l’empire romain en deux. Le souverain émérite a d’ailleurs choisi de placer son palais à Split -aujourd’hui en Croatie-, sur la frontière qu’il avait tracée et qui allait marquer le peuple qui y viendrait plus tard. L’orient grec de l’empire formera le monde chrétien orthodoxe, l’occident latin sera le monde catholique. Les slaves arrivent au VIIème siècle et font tout de suite les frais de cette division. Les slaves évangélisés par Rome peuplent la côté adriatique, ce seront les croates. Les slaves évangélisés par les évêques grecs orthodoxes Cyrille et Méthode (inventeurs de l’alphabet cyrillique) deviendront le peuple serbe. Comme s’il ne suffisait pas que Constantinople et Rome ait chacune pris une part du gâteau, les envahisseurs turcs ont eu la bonne idée d’arrêter leurs conquêtes dans les Balkans. De là des slaves se firent musulmans, ce seront les bosniaques. Même si Venise et l’Autriche-Hongrie ont pris le relais de Rome côté catholique et Moscou vola la vedette à Byzance côté orthodoxe, c’est bien toujours cette antique séparation ente est et ouest qui vient écarteler le peuple yougoslave.

On peut gloser sur les responsabilités des hommes et des partis mais tout vient de la géographie. Les yougoslaves sont installés au mauvais endroit, et pour l’instant ils se déchirent à cause de tous leurs voisins. Mais l’histoire les slaves du sud n’est pas terminée. Peut-être un jour les jeunes de cette terre bosselée décideront de ne plus subir le pire mais de prendre le meilleur de cette position. Ils prendront par le col l’archevêque de Zagreb et le patriarche de Serbie et leur feront appeler l’un le pape l’autre les patriarches de Moscou et Constantinople. Les pontifes arrêteront leurs querelles sur leurs dos et les mahométans se joindront à la fête finale. Leur histoire n’est pas finie, espérons-le.

Illustration Wikicommons

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