Sylvain Tesson

Le vagabond évite tout ce qui risquerait d’enlaidir sa vie. Comme le faisaient les Celtes, il évite les êtres difformes, et rejette les situations conflictuelles, persuadé que la vilenie de l’âme s’exprime dans la laideur extérieure. Au moindre nuage menaçant son esthétique de vie, il prend la tangente. N’avoir qu’un bâton et un chapeau à plume permet de tourner les talons si le climat se gâte.

Sylvain Tesson est aujourd’hui l’un des écrivains-voyageurs les plus en vue en France, si ce n’est le plus fameux, séduisant des millions de lecteurs par ses récits de voyage et d’évasion.

Le jeune Tesson, fils de Philippe Tesson, célèbre journaliste, développera son goût de l’aventure chez les Scouts d’Europe et surtout durant son premier grand voyage, un voyage  » de la porte d’Auteuil à la porte d’Italie, en passant par le Tibet », c’est-à-dire un tour du monde à vélo avec son compère Alexandre Poussin, alors qu’ils étaient tous deux âgés de la vingtaine. Chez chacun d’eux, on sent cette soif d’absolu et ce désir de dévorer le monde, dans la fougue de la jeunesse, et chez Sylvain, le verbe et le phrasé se font déjà souple et enchanteur.

Suivront d’autres aventures et autant de récits, majoritairement à travers la grande terre d’Asie, qu’il affectionne, avec l’éternelle Russie et ses marches, que le baroudeur parcoure de long en large pour décrire l’incompréhension entre braves moujiks, mahométans de toutes sortes, occidentaux matérialistes. De ces écrits se dégage une philosophie du voyage séduisante, permettant de rejeter derrière soi les pesanteurs du monde matériel et la corruption de la modernité étouffante.

Parfois cette vision du monde nous agace, quand le détachement frôle de cynisme, la désillusion et l’indifférence au sort du monde se rapproche d’un léger égocentrisme. L’écrivain désabusé se fait alors dandy des steppes et des salons. Dans ces derniers écrits, on se demande si notre bourlingueur ne cherche pas obstinément à perpétuer la lignée des écrivains voyageurs malheureux en amour. Je ne l’ai rencontré qu’une fois, à la Société de Géographie. Séduisant immédiatement son auditoire, il dit à cette occasion avec cette manière scandée qui est la sienne : « j’étais sur les bord de l’Amour, le fleuve entre Russie et Chine, pas le sentiment passager d’euphorie, quand … ». L’impétrant revenait de son exil en Sibérie et s’apprêtait à commettre S’abandonner à vivre, bourré d’histoires d’amour déçu. Le Wanderer, libre comme le vent, ne s’embarrasse pas de femme ou de mouflets, et semble naviguer entre déceptions amoureuses successives. Dans le dilemme qui secoue chaque homme devant l’aventure, Tesson a-t-il fait son choix définitif ou trouvera-t-il la place dans son balluchon pour qu’une aventurière l’accompagne ?

A l’heure où j’écris cet article, le Prince des chats, comme il se surnomme, a fait une mauvaise chute en tombant du chalet qu’il escaladait pour passer le temps. C’est le genre de mésaventure qui ressemble tellement à l’insouciant qu’il est. Il est actuellement en coma artificiel et a subi de multiples opérations. Espérons voir de nouvelles aventures pour ce grand conteur.

J’ai lu de cet auteur :

On a roulé sur la terre, avec Alexandre Poussin.

La chevauchée des steppes, avec Priscilla Telmon.

– Petit traité sur l’immensité du monde.

– Éloge de l’énergie vagabonde.

– Dans les forêts de Sibérie.

– L’axe du loup.

S’abandonner à vivre, recueil de nouvelles.

Photo © Sylvain Tesson

2 Commentaires sur “Sylvain Tesson

  1. L’écrivain Sylvain Tesson, 42 ans, est sorti du coma et doit être transféré lundi 1er septembre à l’hôpital de La Pitié-La Salpêtrière à Paris, a-t-on appris auprès des éditions Guérin. Fan d’escalade, l’auteur du Petit Traité sur l’immensité du monde souffre d’un grave traumatisme crânien après avoir chuté d’une dizaine de mètres en escaladant un chalet à Chamonix.

    • L’écrivain Sylvain Tesson, 42 ans, est sorti du coma et doit être transféré lundi 1er septembre à l’hôpital de La Pitié-La Salpêtrière à Paris,« Il s’est bien réveillé avec peu de séquelles pour le moment. Il a toute sa tête et est capable de s’exprimer. La situation est très positive », a indiqué Christophe Raylat, directeur opérationnel des éditions Guérin à Chamonix. « C’est un soulagement. C’est assez extraordinaire par rapport à ce qu’on craignait il y a une semaine », a commenté M. Raylat.

      Quelques nouvelles de votre amis.
      Soyez prudent.
      Votre Papa

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